Des questions, et le sexisme dans les œuvres de fantasy – Brandon Sanderson

Par Quentin

Aujourd’hui nous éclairons quelques points en construction de monde. Vers la fin de l’article, nous parlerons de la présence des préjugés dans l’écriture, et notamment en fantasy ! Accrochez-vous !

Combien de temps faut-il passer a construire son monde ?

Grand-père Tolkien a passé la majeure partie de son temps en tant qu’écrivain à créer la Terre du Milieu. Certains disent 20 ans, certains disent 40. Il n’a jamais réellement arrêté. Tolkien disait vouloir créer une mythologie pour l’Angleterre, son pays, qui n’en avait pas.

D’une certaine façon, son oeuvre peut être vue comme un véhicule pour partager le monde qu’il a créé, et l’intrique du Hobbit ou du Seigneur des Anneaux n’est qu’un moyen d’intéresser les lecteurs.

Mais doit-on passer autant de temps à construire notre monde ? Si c’est ce que vous voulez, oui. Personnellement, j’aime plus écrire des intrigues que créer des mondes. Je cherche donc à trouver le juste équilibre entre la préparation et la création. Brandon Sanderson appelle cela la maladie du créateur de monde, the worldbuilder disease. Trop de temps passé à élaborer l’environnement de l’histoire, et pas assez à construire l’histoire en tant que telle.

Le risque de cette manœuvre, outre le manque de temps, est de vouloir faire avaler au lecteur l’ensemble du monde que vous avez créé. De manière assez compréhensible, cela fonctionne rarement.

Voilà une autre approche.

Prenez plusieurs blocs, parmi ceux que nous avons détaillés la semaine dernière. Concentrez-vous dessus.

Prenons les lois, l’éducation et les préjudices. Nous pouvons créer une histoire à propos d’une étudiante en droit, qui entreprend de défendre des fées exploitées par leur employeur. Se faisant, nous choisirons de ne pas aborder en détails la notion de la langue des fées. Une simple phrase telle que “nous ne comprenons pas leur langue. Quand elle parlent, leur voix est mélodique et ressemble à des vocalises.” Une phrase, et la question est réglée.

Quelle quantité de recherche faire ?

Sanderson nous présente un exemple venant d’un de ses livres. Le thème est la chirurgie de campagne, field surgery, qui qualifie le type d’opérations qui sont réalisés hors d’un hôpital, typiquement par l’armée. Mais Sanderson n’est ni médecin, ni chirurgien, et n’a pas l’intention de le devenir.

Il prend quelques jours pour lire sur le sujet. Il écrit son passage, puis l’envoie à un ami, qui est chirurgien de campagne. “Qu’ai-je fais comme erreurs ?” lui demande-t-il. Avec le retour de son ami, il est capable de terminer son passage de la manière la plus fidèle possible à la réalité.

Selon Sanderson, votre objectif en terme de recherche est d’aller jusqu’à 75% du domaine. Vous pourrez souvent y parvenir en quelques jours/semaines, pour la partie théorique. Nous ne nous concentrons pas sur la partie pratique car nous n’allons pas pratiquer, mais plutôt écrire. Quand vous êtes à 75%, vous en savez suffisamment pour vous lancer. Envoyez vos écrits à quelqu’un qui maîtrise le sujet parfaitement, pour qu’il vous corrige. Les 25% de maîtrise que cette personne a, et qu’ils vous manque, sont la partie qui vous prendrait 8 ans à assimiler.

Comment ne pas présenter les résultats de ses recherches ?

Par exemple, vous ne voulez pas introduire une religion de la façon suivante :

  • Il s’agit d’une copie diluée de la religion chrétienne, mais suffisamment claire pour que les lecteurs voient tout de suite la référence.
  • Sauf que, pour une raison inconnue, ils sont tous méchants.
  • Et voilà.

Si vous écrivez sur “l’autre”, vous devez le faire d’une façon convaincante. Il s’agit de la même situation que si, en tant qu’athée, votre histoire comporte un seul personnage religieux, qui se révèle être un imbécile de compétition. C’est un erreur de construction de personnages fréquente. Il peut avoir tort, mais pas être stupide. Sinon votre oeuvre n’est qu’une critique transparente de la religion. Cependant, si c’est ce que vous souhaitez écrire cela convient tout à fait.

Une diatribe sur le sexisme

Traditionnellement, les hommes ne savent pas écrire les femmes, et les femmes éprouvent certaines difficultés pour écrire les hommes.

Vous avez du temps à perdre ? Rendez-vous sur https://www.reddit.com/r/menwritingwomen/, un chaîne de Reddit, destinée à rassembler des exemples de textes écrits par des hommes et mettant en scène des personnages féminins irréels.

Sans aller jusqu’à de tels extrêmes, il existe une forme subtile de sexisme, auquel nous sommes tous susceptibles quand nous écrivons à propos de celui que nous ne sommes pas. Cela s’applique également pour le racisme ou pour d’autres formes de préjugés. Pour illustrer nos propos, nous prenons l’exemple du féminisme.

Le premier niveau de sexisme est le plus simple et le plus facile à éviter : l’objectification des femmes. Votre histoire contient des personnages féminins, mais elle ne sont là que pour leur physique. Elles n’ont ni sentiment, ni volonté, ni objectifs.

Le second niveau : le parangon. Faîtes attention à celui là. Vous n’êtes pas sexiste, et vous faîtes attention à inclure un personnage du sexe opposé. Ce personnage est incroyable, il sait tout faire, résout tous les problèmes et renvoi une image fantastique du sexe opposé. Cependant ce personnage n’a pas de volonté ni d’arc, et n’existe que pour servir l’intrique.

Le troisième niveau : le parangon, le retour. Vous incluez plusieurs personnages, mais ils sont souvent des figures d’autorité et n’ont également pas d’arc. C’est un schéma très récurrent dans les films avec un protagoniste féminin. Les hommes présents seront souvent son patron ou son partenaire. Elle est un peu folle et irresponsable, et les hommes auront toujours le rôle peu envieux du ronchon qui espère qu’elle se calme enfin.

Le tolkienisme, ou pourquoi tous les personnages sont blancs.

Le quatrième niveau : vous avez un personnage bien développé, mais un seul. Tous vos autres personnages sont des copies de vous.

Votre objectif en tant qu’écrivain est de parvenir à inclure la diversité que vous souhaitez inclure, d’une manière naturelle. Cela pose souvent problème quand il s’agit d’écrire des personnages qui sont loin de vous en termes de culture et de croyances. Par exemple, j’ai beaucoup de mal à écrire des végans, parce que je ne m’identifie pas du tout à ce mode de vie. J’ai très vite tendance à les rendre superficiels et vides, mais je travaille dessus.

Identifiez qui vous êtes pour savoir ce sur quoi vous pouvez apprendre à écrire !