Construire un monde – Brandon Sanderson

Par Quentin

Quand on construit une histoire, il y a beaucoup d’éléments à prendre en compte. Les prochains articles traiteront de la création d’un monde, selon Sanderson. C’est parti !

Comment faire en sorte que mon histoire ait l’air nouvelle ? En termes d’intrigue, tout à probablement déjà été fait. Allez lire Tolkien. Il a probablement écrit ce que vous vous apprêtez à faire.

C’est une réflexion complexe, et globalement fausse. Pourquoi fausse ? Parce que les temps changent. Et avec eux, les genres, les cultures et les styles changent aussi. Si l’on écrit en s’imprégnant d’une époque et d’une culture, on parvient souvent à quelque chose de nouveau. En pratiquant, on distille son propre vécu dans ses textes. En raisonnant ainsi, nous arriverons à créer quelque chose de nouveau.

Vos histoires vont donc évoluer naturellement. Parmi les choses que vous pourrez réinventer, l’intrigue est surement la plus difficile. Créer une nouvelle intrigue est très simple : présentez des personnages, tuez les au troisième chapitre, présentez en de nouveaux, passez d’une comédie romantique à un thriller post-apocalyptique. C’est nouveau, mais c’est nul. L’intrigue est difficile à réinventer de manière à la fois nouvelle et intéressante.

Mais, vous pouvez aussi réinventer la situation initiale de votre texte. C’est surement là que vous avez le plus de liberté et d’opportunités. Nous explorerons cette idée plus en détails dans la suite.

Pendant que nous y sommes, savez-vous que le besoin de réinventer les textes n’a pas toujours été au cœur des préoccupations des auteurs et des producteurs ? Le genre de l’epic fantasy a explosé dans les années 1990. A l’époque, les livres étaient tous vendus sous hard cover (“couverture dure”, cela a duré jusqu’à ce que l’ebook change le marché). Robert Jordan était l’un des grands auteurs du genre.

Description de cette image, également commentée ci-après
Robert Jordan en 2015

Il publiait souvent ses livres à la même période chaque année. Une année, il n’a pas sorti d’ouvrage, et il a été décidé que c’est un livre de Terry Goodkind qui sortira à la place. On lui a mis une couverture similaire, un bon coup de pouce marketing et tadaa, un best-seller est né. Les producteurs du moment se sont rendus compte que l’on pouvait créer des best-seller à volonté. Beaucoup d’acquisitions ont été faites, et plusieurs livre d’epic fantasy sont sortis dans les années qui suivirent. Ils ont pratiquement tous échoué.

Selon Bradon Sanderson, le public s’était rendu compte qu’il s’agissait d’histoires très similaires, et s’est rapidement désintéressé.

La morale de l’histoire ? Diversifié vos écrits.

L’iceberg

Créer un monde est comme créer un iceberg. Regardez donc cette jolie image :

Observez donc cette photo

Ce que vous savez sur le monde est largement plus gros que ce que vous montrez au lecteur. Cela permet entre autres :

  • de créer l’impression que le monde est vaste
  • de donner des motivations extérieures aux personnages
  • de créer un vrai sentiment d’immersion pour le lecteur

La troisième raison est la principale. Les lecteurs de fantasy veulent être transportés. Ils souhaitent vivre un moment différent à un moment différent dans un endroit différent. Une illustration sympathique à ce sujet est le tournage du Seigneur des Anneaux. Sur le set, les acteurs portaient des sous-vêtements créés spécialement pour appartenir à l’univers de la terre du milieu. Votre objectif est de convaincre vos lecteurs que vos personnages portent des sous-vêtements appartenant au monde en question. Pour ce faire, vous devez avoir des connaissances importantes sur le monde dans lequel vos personnages évoluent.

Mais mais mais, si vous écrivez vos histoires comme bon vous semble, sans plan, pouvez-vous quand même utiliser le modèle de l’iceberg ? Cela peut être problématique, car il faut créer son monde en avance et passer du temps sur l’environnement dans lequel se tiendra l’histoire.

La solution à ce problème est plutôt simple : vous n’avez pas besoin d’un iceberg, vous n’avez besoin que de l’apparence d’un iceberg. Si vous parvenez à convaincre vos lecteurs que le monde est grand et qu’il s’y passe effectivement énormément de choses, vous n’avez pas besoin de savoir précisément ce que sont ces choses. Bien sûr, si vous souhaitez écrire un texte tel le Seigneur des Anneaux, vous devrez passer un certain temps à réfléchir à l’environnement de vos personnages.

A présent, comment faire en sorte que vos lecteurs comprennent qu’il y a un monde derrière ce qu’ils voient ? Voici une piste : évitez les dialogues entre “maid” et “butler”. Ou entre maître d’hôtel et femme de ménage, en français.

Cette terminologie fait référence aux débuts du théâtre, où la scène d’exposition consiste en un dialogue entre les deux rôles évoqués plus haut. Ce dialogue ressemblait souvent à quelque chose similaire à :

“Comme vous le savez, le maître de maison est absent pour la semaine, il est parti chasser des bêtes féroces dans la forêt.” dis le maître d’hôtel.

“Oui, dis la femme de ménage, et comme vous le savez, il ne reste que la maîtresse de maison, et elle est seule avec son professeur d’équitation”

“Oui ! Et comme vous le savez…” réponds le maître d’hôtel. Et ainsi de suite.

Ils discutent entre eux d’événements qui leur sont familiers, d’une manière qui n’est absolument pas familière. A la place, il faut donner les informations au lecteur petit à petit, de manière naturelle pendant la narration. Prenons l’exemple d’Harry Potter. Il s’agit d’un livre ou les éléments sont donnés petit à petit et où le lecteur a le temps de s’acclimater. Tout d’abord on apprend qu’il vit terriblement avec sa famille, qu’il se passe des choses étranges, puis que c’est un sorcier. On parle de courbe d’apprentissage. Dans le cas d’Harry Potter, la courbe est plutôt douce, il n’y a pas énormément de notions à assimiler d’un coup. C’est généralement préférable.

C’est tout pour aujourd’hui ! La prochaine fois nous verrons d’autres notions pour la création de monde ! En attendant, entraînez-vous (:

A la prochaine !